
Les jours de Gaël Perdriau au sein des Républicains (LR) sont comptés. Certes, le maire de Saint-Etienne avait pris ses distances avec le parti de droite. Mais LR a annoncé, mardi 13 septembre, qu’il ferait l’objet d’une procédure d’exclusion. Cette décision fait suite aux révélations de Mediapart, la veille, selon lesquelles l’élu aurait fait pression sur son ancien premier adjoint, Gilles Artigues, un centriste connu comme catholique conservateur, en menaçant de révéler une vidéo le montrant avec un escort. M. Perdriau a été placé en garde à vue à Lyon mardi, avec quatre membres de son équipe, selon l’Agence France-Presse.
« S’il revient désormais à la justice (…) de se prononcer sur la culpabilité et le degré d’implication de M. Perdriau, Les Républicains ne peuvent que condamner les méthodes ignobles utilisées par le maire de Saint-Etienne à l’encontre d’un rival politique », écrit LR dans un communiqué. La présidente du mouvement, Annie Genevard, a déjà lancé la procédure d’exclusion. « Les révélations d’hier, avec les enregistrements, confirment l’implication de Perdriau et de son entourage. Nous sommes respectueux de l’Etat de droit », confie-t-elle au Monde.
Et de préciser qu’elle s’est prononcée favorablement à la demande d’exclusion formulée par la fédération LR de la Loire, « qui sera entérinée par le prochain bureau politique ». Selon nos informations, M. Perdriau n’était plus à jour de sa cotisation d’élu : il n’était donc que simple adhérent du parti, ce qui devrait faciliter son exclusion.
« La violence, la brutalité »
« Nous avions déjà privé Perdriau de toute responsabilité au sein du mouvement, en raison de ses prises de position politique et de ses déclarations en faveur d’Emmanuel Macron », rappelle Mme Genevard. Concernant les accusations dont il fait l’objet, « c’est une histoire incroyable : la violence, la brutalité des propos du directeur de cabinet, et aussi celle de Perdriau, révèlent des mœurs politiques qui sont gravissimes, et qui déshonorent le mandat et les responsabilités que Gaël Perdriau occupe », argue Mme Genevard.
Selon Mediapart, lors d’échanges avec son ex-premier adjoint, enregistrés par ce dernier, le maire de Saint-Etienne évoque auprès de son ancien allié politique le fait qu’il pourrait faire diffuser la vidéo à caractère sexuel « avec parcimonie », dans « de petits cercles », ce qui aurait pour conséquence de briser sa réputation.
De son côté, le directeur de cabinet du maire, Pierre Gautierri, menace à plusieurs reprises Gilles Artigues dans ces enregistrements. Il fait savoir qu’il ne s’interdit pas d’exploiter cette vidéo, y compris auprès des parents d’élèves des établissements où sont scolarisés les enfants de la victime. Lors d’un autre échange, alors que le premier adjoint dénonce le chantage politique dont il s’estime victime, passible, répète-t-il, de deux ans de prison, M. Gauttieri lui répond : « Si le fait que j’aille en taule vous fait tomber parce que vous passez pour une vieille pédale sur le retour, je n’en ai aucun problème. »
Information judiciaire ouverte
Mardi, avant le placement de M. Perdriau en garde à vue, son premier adjoint, Jean-Pierre Bergé, avait fait savoir par voie de presse que le maire de Saint-Etienne était « actuellement auditionné à sa demande sur Lyon » avec les membres de son cabinet, « pour que la vérité éclate », face aux accusations de chantage qui le visent. Le maire lui avait fait part « avec sérénité » de ces auditions, a-t-il précisé.
Le parquet de Lyon a ouvert au début de septembre une information judiciaire sur cette affaire concernant le tournage et l’usage d’une vidéo enregistrée en 2014 pendant que Gilles Artigues se faisait masser par un homme dans une chambre d’hôtel à Paris. Cette enquête pour « atteinte à l’intimité de la vie privée, chantage aggravé, soustraction de bien public par une personne chargée d’une fonction publique, abus de confiance et recel de ces infractions » a été lancée à la suite d’une plainte de M. Artigues, visant nommément le maire, l’un de ses adjoints et l’amant de cet adjoint, qui auraient organisé la rencontre entre M. Artigues et l’escort.
Les cadres de LR n’avaient pas de mots assez durs, mardi, contre leur futur ex-camarade. « Il n’est pas digne de porter l’écharpe de la République, et le fait qu’il la garde jette l’opprobre sur ses 35 000 collègues qui se dévouent sans compter pour leurs administrés », a commenté Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais, auprès du Monde. Pour lui, « s’il ne démissionne pas de son mandat, le conseil des ministres doit le destituer ». Quant à Rachida Dati, la maire du 7e arrondissement de la capitale, elle a fustigé sur Twitter des « méthodes de nature criminelle » qui « doivent mobiliser la classe politique ».
Après la démission de Christian Jacob au lendemain des élections législatives, Les Républicains doivent élire leur nouveau président en décembre, et les trois candidats déclarés se sont empressés de conspuer Gaël Perdriau. Bruno Retailleau, le patron des sénateurs de droite, a ainsi évoqué « le plus profond des dégoûts » sur Twitter, ajoutant : « Ce type d’individus fait honte à la droite et à la République. »
« Ignoble Perdriau », a écrit, pour sa part, Eric Ciotti, le député des Alpes-Maritimes, sur le réseau social. Pour lui, « ce donneur de leçons montre le visage terrifiant de la pire des abjections. (…) La justice doit être implacable ». « Les agissements mafieux de Gaël Perdriau sont intolérables pour notre famille politique comme pour notre vie publique, a jugé, quant à lui, Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général de LR. Avec Christian Jacob, nous l’avions déjà démis de ses fonctions nationales. (…) Il doit être et sera exclu. Dehors ! »
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