mardi 10 janvier 2023

Réforme des retraites : dîners, négociations… Comment Emmanuel Macron a manoeuvré en coulisses - Sud Ouest

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Bayrou s’oppose au « passage en force »

Estimant avoir obtenu le mandat d’agir avec sa réélection en avril, Emmanuel Macron semblait à la fin de l’été résolu à avancer tambour battant sur le sujet explosif des retraites, par un amendement au budget de la Sécu pour 2023. La loi, « elle est écrite », « on travaille dessus depuis quatre ans », justifie un ministre, après l’échec du premier quinquennat sur ce texte emblématique. Mais avec une simple majorité relative à l’Assemblée, l’exécutif ne peut manoeuvrer à sa guise.

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Quand François Bayrou, allié-clé du chef de l’Etat depuis cinq ans, s’oppose mi-septembre à ce « passage en force », chacun comprend qu’il va falloir ralentir. Le camp présidentiel va pourtant étaler ses tergiversations pendant dix jours. Jusqu’au premier dîner de l’Elysée.

De la dissolution dans l’air

Le 28 septembre, autour de fruits de mer, a lieu la grande explication des cadres de la « majo ». Tendue, selon plusieurs participants, sous le regard agacé de l’hôte du palais. Si tous, à quelques nuances près, sont d’accord sur le fond, c’est l’option « maintenant ou jamais » qui cristallise les divisions. La Première ministre Elisabeth Borne « ne dit rien », raconte l’un des convives, qui croit déceler « dans son regard » qu’elle privilégie une méthode plus classique. Dans la nuit, la cheffe du gouvernement annonce à l’AFP l’ouverture de concertations, pour une entrée en vigueur de la réforme dès « l’été 2023 ».

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La concession sur la forme est assortie d’une menace, que le ministre du Travail Olivier Dussopt se charge de relayer : si les oppositions « se coalisent » pour faire « tomber le gouvernement », Emmanuel Macron est prêt à dissoudre l’Assemblée. Le coup de pression vise Les Républicains, qui ont tout à perdre d’un retour aux urnes. L’exécutif cherche en effet un partenaire pour éviter une adoption sans vote via l’article 49.3 de la Constitution, et ainsi l’étiquette « autoritaire » pour sa réforme. Ce sera l’enjeu des deux concertations parallèles qui s’ouvrent en octobre.

Avec les partenaires sociaux, Olivier Dussopt va détailler des mesures d’accompagnement sur la pénibilité, les seniors et les petites pensions. A ce moment-là, le gouvernement ne désespère pas de conclure tacitement avec la CFDT un « pacte de non-agression ». Le syndicat réformiste, opposé à toute « mesure d’âge », renoncerait, au nom de ces autres avancées, à jeter toutes ses forces dans la rue. Elisabeth Borne tente, elle, de rallier LR, estimant que la droite est sur la même longueur d’ondes sur les retraites. A l’heure des arbitrages, Emmanuel Macron convoque un nouveau dîner élyséen.

« 65 ou 64, je m’en fiche »

7 décembre. Même buffet, mêmes convives. Et, toujours, une question tactique au menu. La Première ministre doit-elle, en dévoilant la réforme le 15 décembre, annoncer un report de l’âge de départ à 65 ans ? Ou alors limiter le recul à 64 ans, couplé à une accélération de l’allongement de la durée de cotisation ? Si son projet initial dit 65, le chef de l’Etat avait ouvert la porte à 64 entre les deux tours de la présidentielle, semant alors la confusion.

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Emmanuel Macron « dit -65 ou 64, je m’en fiche, mais il faut pas que ce soit gratuit, c’est une négociation-, tente d’éclaircir un proche. « Le président, il veut des partenaires », abonde un cadre de la majorité. Or force est de constater, ce soir-là, que ce partenaire lui échappe quelle que soit l’option. La CFDT est déterminée à manifester avec les autres syndicats. Tandis que les divisions chez LR hypothèquent son soutien.

Par conséquent, alors que, selon plusieurs sources, chacun pense que la réforme finale actera les 64 ans, et que plusieurs ténors plaident en ce sens au dîner, Emmanuel Macron décide qu’Elisabeth Borne annoncera plutôt 65 ans - quitte à attendre le débat parlementaire pour ronger une année. « C’est baroque », persifle un poids lourd. Et de fait, après le café, le président, sa Première ministre et Olivier Dussopt « ne sont pas satisfaits », estime le cadre de la majorité.

« C’est pas le méchant président contre la gentille Première ministre »

Le trio se retrouve secrètement quatre jours plus tard à l’Elysée et décide de reporter au 10 janvier la présentation de la réforme. Un recul que chacun s’empresse de décrypter. Certains assurent qu’Elisabeth Borne veut reprendre la main car son ministre du Travail a « raté les concertations » - interprétation démentie rue de Grenelle. D’autres y voient une fissure entre le président, qui voudrait prouver son réformisme par une mesure radicale, et sa Première ministre, plus portée sur le compromis. « C’est pas le méchant président contre la gentille Première ministre », s’agace-t-on dans l’entourage présidentiel.

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