vendredi 10 novembre 2023

Procès Dupond-Moretti : Jean Castex défend l'« excellent garde des Sceaux » - 20 Minutes

L'ancien Premier ministre Jean Castex au procès du ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti concernant des allégations de conflits d'intérêts et d'abus de pouvoir à Paris. — Benoit PEYRUCQ

Eric Dupond-Moretti peut compter sur Jean Castex. S’il n’est pas son avocat, l’ancien Premier ministre a pris, ce vendredi, avec vigueur la défense du ministre de la Justice devant la Cour de Justice de la République. Celui qu’il appelle l'« excellent garde des Sceaux » est soupçonné de s’être servi de ses fonctions pour régler ses comptes avec quatre anciens magistrats avec lesquels il avait eu des différends lorsqu’il était avocat.

Aux yeux de l’ancien chef du gouvernement, jamais son ministre n’a été en situation de conflit d’intérêts. Devant la cour, il reconnaît sans détour qu’au moment de sa nomination au poste de Premier ministre, à l’été 2020, il n’avait jamais entendu parler de l’affaire des « fadettes » d’Eric Dupond-Moretti et ignore donc que des magistrats du parquet national financier (PNF) ont épluché les relevés téléphoniques de celui qui était encore avocat pour identifier une taupe dans un dossier. « A ce moment », il s’occupe d'« un sujet peut-être pas aussi important » : le déconfinement post-Covid-19, ironise le témoin.

L’actuel patron de la RATP est cité au procès inédit pour « prise illégale d’intérêt » d’Eric Dupond-Moretti parce qu’il avait hérité, trop tardivement selon l’accusation, des dossiers problématiques de son garde des Sceaux.

« Je ne suis pas l’instrument de je ne sais quel complot »

Avant cela, Eric Dupond-Moretti avait déjà lancé une enquête administrative – c’est ce qu’on lui reproche – contre les magistrats, mais c’est le Premier ministre qui récupère « le bébé », comme il dit. Et doit décider s’il faut saisir, ou non, le Conseil supérieur de la magistrature, chargé de la discipline des magistrats. Le sujet est « délicat », dit Jean Castex, qui parle fort et à renfort de grands gestes. « C’est quand même le PNF ! »

Alors, il décide de lire lui-même les rapports, « des heures entières le week-end ». Et arrive à une conclusion, en son « âme et conscience » : « il y a des dysfonctionnements importants ». « Tout cela, c’est moi qui le fais », jure-t-il solennel. « Je ne suis pas sensible à quelque pression, je ne suis pas l’instrument de je ne sais quel complot, et j’ai beaucoup de respect pour le PNF ». Et s’il avait à l’époque un « excellent garde des Sceaux », sourit Jean Castex, il n’est pas son « avocat », mais « le défenseur de la fonction publique ».

« Quand même », lance toutefois l’ex-Premier ministre. « Ce serait quoi la prise illégale d’intérêt » reprochée au garde des Sceaux ? D’avoir saisi l’Inspection générale de la justice (IGJ), qui n’a pas elle-même le pouvoir de « sanctionner » les magistrats ? « C’est ça les faits ! », s’exclame celui qui ironise sur l'« acte gravissime ». Vu les « dysfonctionnements », assure Jean Castex, n’importe qui aurait fait la même chose. « Le problème », répète une fois encore Rémy Heitz – procureur général près la Cour de cassation, qui porte l’accusation au procès –, ce n’est pas « l’enquête », mais celui qui la déclenche.

Le garde des Sceaux prend sa propre défense

Les avocats d’Eric Dupond-Moretti râlent contre cette accusation qui donne trop son « avis », trouvent que la défense n’a « pas beaucoup la parole dans ce procès ». « Vous avez la parole », répond le président, Dominique Pauthe. Me Jacqueline Laffont, un peu gênée, « laisse la parole à Eric Dupond-Moretti ». Ce dernier, qui laisse décidément peu de place à ses avocats à l’audience, s’installe à la barre pour interroger son ancien chef de gouvernement.

« Je voudrais demander à monsieur le Premier ministre si, dans les très très nombreux échanges que nous avons eus pendant les années où nous avons été proches professionnellement et humainement, je lui ai fait part une seule fois du ressentiment que j’aurais eu à l’encontre de tel ou tel magistrat ». Jean Castex : « la réponse est évidemment non ».

« J’ai le sentiment de longue date d’être dans une nasse », reprend à la barre Eric Dupond-Moretti, qui a toujours considéré ses ennuis judiciaires comme le résultat d’une « guerre » menée par des magistrats n’ayant jamais accepté sa nomination place Vendôme. Il évoque ce qui aurait pu être fait autrement mais balaie surtout les « y a qu’à, faut qu’on », souligne qu’il était « novice », et maintient qu’il fallait ordonner ces enquêtes « très utiles ».

« La prise illégale d’intérêt c’est faire, mais c’est aussi ne pas faire », poursuit le ministre, certain qu’on lui aurait aussi reproché de ne « rien faire », d’avoir « la trouille ». Eric Dupond-Moretti, pour une fois, a l’air un peu dépité : « que je fasse ou que je ne fasse pas, je suis dans la nasse ».

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